Ce que le sous-titrage SME ajoute
Des sous-titres classiques, comme ceux d'un film étranger, partent du principe que le spectateur entend : il sait qui parle grâce à la voix, il perçoit la sonnerie du téléphone ou la musique angoissante. Le sous-titrage SME, pour sourds et malentendants, part du principe inverse. Tout ce qui passe par l'oreille et compte pour comprendre la scène doit apparaître à l'écran.
Concrètement, un sous-titre SME transmet quatre types d'informations :
- les paroles, aussi fidèlement que la lecture le permet ;
- l'identité du locuteur, surtout quand il est hors champ ou que plusieurs personnes parlent ;
- les bruits significatifs : une porte qui claque, un chien qui aboie, des rires, une alarme ;
- la musique et le ton : chanson avec ses paroles, musique de tension, voix chuchotée, ironie, cri.
Le public concerné est large : personnes sourdes de naissance, personnes devenues sourdes, malentendants appareillés ou non, personnes âgées dont l'audition baisse. S'y ajoutent tous ceux qui regardent des vidéos sans le son, dans les transports ou au bureau. L'article sur les différences entre captions et subtitles (en anglais) explique pourquoi l'anglais distingue deux mots là où le français parle souvent simplement de sous-titres.
Le code couleur de la télévision française
En France, les chaînes de télévision utilisent depuis longtemps un code couleur pour le sous-titrage SME, repris dans la charte relative à la qualité du sous-titrage à destination des personnes sourdes ou malentendantes signée en 2011 sous l'égide de l'ancien CSA, aujourd'hui l'Arcom. Les grandes lignes sont les suivantes :
- Blanc
- locuteur visible à l'écran
- Jaune
- locuteur hors champ
- Rouge
- indications sonores (bruits)
- Magenta
- indications musicales et paroles de chansons
- Cyan
- pensées d'un personnage, narrateur ou commentaire en voix off
- Vert
- propos tenus dans une langue étrangère
Ce code est une habitude du public français, qui le connaît par la télévision. Il n'est pas universel : au Québec, on parle plutôt de « sous-titrage codé », avec d'autres habitudes de présentation, et beaucoup de plateformes en ligne n'utilisent pas de couleurs du tout. Pour une vidéo diffusée sur un site web ou un réseau social, la priorité est d'abord que l'information soit présente ; la couleur n'est qu'un moyen parmi d'autres de la transmettre.
Identifier les locuteurs sans couleur
Le format SRT, le plus répandu, ne gère pas les couleurs de manière fiable : certains lecteurs comme VLC interprètent des balises de police, beaucoup d'autres les ignorent ou les affichent en clair. Il faut donc des solutions qui fonctionnent partout :
- un tiret en début de ligne pour signaler un changement de locuteur dans le même sous-titre ;
- le nom du locuteur en majuscules suivi de deux points, ou entre parenthèses, quand il n'est pas évident à l'image (« CLAIRE : », « (Voix off) ») ;
- une indication de position, en plaçant le sous-titre du côté de la personne qui parle, si votre outil d'édition et le lecteur le permettent.
Choisissez une convention et tenez-vous-y du début à la fin. Un spectateur sourd apprend vite la logique d'un fichier ; il est en revanche perdu si le nom du locuteur apparaît parfois en majuscules, parfois entre parenthèses, parfois pas du tout.
Bruits, musique et ton : écrire ce qui n'est pas dit
La difficulté du SME est de choisir ce qui mérite d'être signalé. Le bruit de fond d'un bureau n'a pas d'intérêt ; le téléphone qui sonne au moment où le personnage hésite à répondre en a beaucoup. La règle est simple : on signale un son s'il fait avancer l'action, explique une réaction ou donne une information qu'on ne voit pas.
Quelques formulations courantes, à adapter à votre style :
- (Sonnerie de téléphone), (On frappe à la porte), (Rires dans la salle) ;
- (Musique douce), (Musique inquiétante), ou les paroles de la chanson précédées d'une note de musique ;
- (Chuchotant), (Ironique), (En criant) devant la réplique concernée ;
- (Silence) quand l'absence de son est elle-même un élément dramatique.
L'article sur le sous-titrage des bruits et de la musique (en anglais) donne d'autres exemples et des cas limites, comme les ambiances longues ou les morceaux instrumentaux.
Version paroles seules : « Tu as entendu ? » puis « Non, rien. » Version SME : « (Bruit de verre brisé) », puis « MARC : Tu as entendu ? », puis « - Non, rien. (Inquiète) Tu es sûr ? » Sans les deux indications, un spectateur sourd ne comprend pas pourquoi Marc s'inquiète.
Lisibilité : découpage, rythme, position
Un sous-titre SME est souvent plus chargé qu'un sous-titre classique, puisqu'il contient des noms et des indications. Il faut donc veiller encore davantage à la lisibilité : deux lignes au maximum, des coupures qui respectent les groupes de sens (ne pas séparer un article de son nom), un temps d'affichage suffisant pour lire. Quand la parole est trop rapide pour être restituée intégralement, une légère condensation est préférable à un sous-titre illisible, à condition de ne pas trahir le sens.
La position compte aussi : un sous-titre qui masque un texte affiché à l'écran, un nom en incrustation ou le visage du locuteur gêne la lecture. Les outils d'édition comme Subtitle Edit ou Aegisub permettent de déplacer ponctuellement un sous-titre vers le haut. Notre guide pour sous-titrer une vidéo avec un fichier SRT revient sur les bonnes pratiques générales de découpage.
Ce que mydubly produit, et ce qui reste à faire
mydubly est une application web qui transcrit la parole d'une vidéo ou d'un enregistrement et génère un fichier de sous-titres. Avec le générateur de sous-titres (en anglais), vous déposez votre vidéo dans « Drop a video here », laissez l'interrupteur « Full translation output » désactivé, cliquez sur « Transcribe video » puis sur « Download subtitles » pour obtenir un fichier subtitles.srt encodé en UTF-8 avec BOM, ce qui affiche correctement les accents dans la plupart des lecteurs.
Il faut être précis sur ce que contient ce fichier. mydubly transcrit uniquement la parole, avec un modèle basé sur Whisper et une détection d'activité vocale qui ignore les silences. Il en découle plusieurs limites importantes pour un usage SME :
- aucune indication sonore : ni bruits, ni musique, ni rires ; un passage musical sans paroles ne produit aucun sous-titre ;
- aucune identification des locuteurs : ni noms, ni tirets de changement de voix ;
- aucune couleur ni position : le fichier est un SRT simple, une ligne par segment de parole ;
- pas de sous-titres incrustés dans l'image : vous obtenez un fichier séparé, à charger dans le lecteur ou la plateforme ;
- pas d'éditeur dans l'application : toutes les corrections se font dans un logiciel de sous-titrage ou un éditeur de texte.
Autrement dit, mydubly vous fait gagner le temps de la saisie des dialogues, qui est souvent la partie la plus longue, mais il ne produit pas à lui seul un sous-titrage SME. Côté coût, un documentaire de 52 minutes représente 52 crédits au tarif transcription, ce qui tient dans les 100 crédits offerts à l'inscription.
Méthode : du SRT brut au fichier SME
Voici un déroulé réaliste pour transformer le fichier automatique en sous-titres accessibles :
- Relisez les dialogues en regardant la vidéo, et corrigez les noms propres, les chiffres et la ponctuation.
- Repérez chaque changement de locuteur et ajoutez un tiret ou un nom selon la convention choisie.
- Visionnez une seconde fois en vous concentrant sur le son : notez chaque bruit, musique ou intonation qui compte, et créez les sous-titres correspondants aux bons horodatages.
- Coupez les segments trop longs en deux lignes ou en deux sous-titres, car le fichier automatique place chaque segment sur une seule ligne.
- Faites visionner le résultat, son coupé, par une personne qui n'a pas vu la vidéo : si elle comprend tout, le travail est fait.
Si possible, faites relire par une personne sourde ou malentendante, ou par une association locale : elle repérera des manques qu'un entendant ne voit pas. Pour vérifier l'ensemble de l'accessibilité d'une vidéo au-delà des sous-titres, la liste de contrôle d'accessibilité vidéo (en anglais) est un bon point de départ. Et si les accents s'affichent mal dans votre lecteur, consultez notre article sur les fichiers SRT et les accents dans VLC.
SME, langue des signes et audiodescription
Le sous-titrage SME ne répond pas à tous les besoins. Pour une partie des personnes sourdes, la langue des signes française (LSF), ou la LSFB en Belgique et la LSQ au Québec, est la première langue, et le français écrit une langue seconde. Pour ce public, une interprétation en langue des signes incrustée dans la vidéo reste plus accessible qu'un texte, surtout pour des contenus longs ou complexes. Aucun outil automatique ne produit aujourd'hui une interprétation fiable en langue des signes ; l'article sur la langue des signes et la traduction par IA (en anglais) fait le point.
À l'inverse, l'audiodescription s'adresse aux personnes aveugles ou malvoyantes : elle décrit oralement ce qui se passe à l'image. C'est un autre travail, complémentaire. Une vidéo réellement accessible combine souvent plusieurs de ces dispositifs, et les obligations varient selon le diffuseur et le pays ; pour un organisme public, renseignez-vous auprès de votre référent accessibilité.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre des sous-titres classiques et des sous-titres SME ?
Les sous-titres classiques restituent les paroles pour un public qui entend. Les sous-titres SME ajoutent l'identité des locuteurs, les bruits utiles, la musique et le ton, pour un public qui n'entend pas ou mal. Ils sont donc plus riches et demandent un travail éditorial supplémentaire.
Que signifient les couleurs des sous-titres à la télévision française ?
Le blanc indique un locuteur visible, le jaune un locuteur hors champ, le rouge les bruits, le magenta la musique et les chansons, le cyan les pensées ou la voix off, et le vert une langue étrangère. Ce code vient de la télévision et n'est pas toujours reproduit sur les plateformes en ligne.
mydubly ajoute-t-il les bruits et le nom des personnes qui parlent ?
Non. mydubly transcrit uniquement la parole et ne distingue pas les locuteurs. Le fichier SRT fournit les dialogues horodatés ; les indications sonores et l'identification des locuteurs sont à ajouter dans un logiciel de sous-titrage.
Peut-on mettre des couleurs dans un fichier SRT ?
Certains lecteurs, comme VLC, interprètent des balises de couleur dans un SRT, mais beaucoup de plateformes les ignorent ou les affichent en texte brut. Pour un fichier qui fonctionne partout, utilisez des tirets, des noms en majuscules et des indications entre parenthèses.
Les sous-titres SME remplacent-ils la langue des signes ?
Pas pour tout le monde. Pour les personnes dont la langue première est la LSF, la LSFB ou la LSQ, une interprétation en langue des signes reste souvent plus accessible. Les deux dispositifs sont complémentaires.
Combien de temps faut-il pour compléter un SRT automatique en SME ?
Cela dépend de la densité sonore de la vidéo : un entretien face caméra demande peu d'indications, une fiction ou un reportage beaucoup plus. Comptez au minimum deux visionnages attentifs, l'un pour les dialogues, l'autre pour le son.
